Construire des ponts, ce que peut la littérature pour raconter le monde – Test

Éducation, jeunesse, apprentissage

 

Test 3

Construire des ponts, ce que peut la littérature pour raconter le monde

00:00:01:15 – 00:00:05:19

Intervenant 1

France Culture.

00:00:05:21 – 00:00:17:12

Intervenant 2

Et l’humeur du jour, c’est la vôtre ? Charlotte Casiraghi Bonjour. Vous êtes présidente des Rencontres philosophiques de Monaco. Que peut la littérature pour raconter le monde ?

00:00:17:14 – 00:00:43:05

Intervenant 1

Que faire face au gouffre qui se creuse dans un monde qui va trop vite, où les crises s’enchaînent et s’entremêlent pour ne pas rester sans voix et glacée pour ne pas rester tétanisée. Ce matin, dans la continuité des réflexions menées sur la littérature ici et dans le sillage de kolkhozes d’Emmanuel Carrère, lauréat du prix Grand Continents de cette année, j’aimerais vous parler de ponts, de ponts imaginaires.

00:00:43:07 – 00:01:06:11

Intervenant 1

J’aimerais vous parler de ce qui peut faire lien. Quand la parole parvient à se frayer un passage et que tout ne tient pas encore ensemble. C’est à dire, j’aimerais vous parler de ce que peut la littérature. Le pont est le symbole du passage, de la communication, de la jonction entre deux espaces. Rimbaud détourne ce symbole dans les ponts.

00:01:06:13 – 00:01:38:10

Intervenant 1

Le pont n’est pas un lien, mais un élément qui n’aboutit nulle part dans un labyrinthe urbain. Il y construit une ville abstraite, artificielle, presque musicale, qui est le résultat d’une projection mentale. Les ponts multipliés et irréels deviennent les vecteurs d’une expérience nouvelle. Ils ne relient pas deux rives, ils flottent dans un espace qui n’a plus de centre. Il décrit le paradoxe de la modernité Plus le monde se densifie, plus il se désagrège.

00:01:38:12 – 00:02:11:17

Intervenant 1

Dans ce paysage où les ponts géographiques deviennent inopérants, la littérature offre une autre forme de passage. Si la réalité se fracture, se désagrège, c’est par le regard, par la vision, la langue que l’on recrée un lien. Les ponts deviennent intérieurs. Ce sont des ponts d’expériences, de sens, d’émotions. Un pont invisible, c’est la structure non apparente qui permet de créer une continuité malgré ce qui sépare.

00:02:11:19 – 00:02:50:09

Intervenant 1

Cela peut être la parole qui relie les êtres, l’amour ou l’amitié qui joint les cœurs. L’art qui lie le symbolique et le réel. L’écriture qui permet d’aller du vague au formuler, d’articuler le présent et le passé. Le monde des vivants et des morts, d’agencer des sensations, des couleurs, des sons pouvant produire une communauté sensible. Pour construire un pont, il faut parfois la prouesse d’un architecte capable d’agencer des matériaux adaptés à la géologie de l’espace, résistant aux conditions météorologiques et à la charge de ceux qui vont l’emprunter.

00:02:50:11 – 00:03:31:22

Intervenant 1

Cette construction convoque notre inventivité, notre capacité d’agencer et de défier les résistances. Les écrivains et les philosophes sont en ce sens des architectes qui tentent de construire ces ponts invisibles avec des mots, que ce soit en agençant un raisonnement ou en produisant un récit, une vision poétique qui peut tenir lieu de structure. Face au chaos, les récits individuels ou collectifs ont également cette fonction de pont et donnent une impression de cohérence là où tout semble se disjoindre et se fissurer.

00:03:31:24 – 00:04:25:07

Intervenant 1

Les histoires qu’on se raconte sont autant de petites passerelles invisibles qui empêchent de se disloquer dans l’angoisse parce qu’elle parvient à trouver une forme. Les enfants ont cette capacité surprenante à formuler leurs angoisses au travers d’images, de personnages magiques ou de monstres, nous rappelant cette nécessité vitale de se figurer l’angoisse et de la conjurer par l’imagination. Dans les temps de mutations que nous vivons, notre écosystème, nos relations, nos échanges, nos manières de vivre, d’aimer, de faire la guerre, de gouverner, de se soigner, de s’informer, se modifient à une vitesse si grande qu’il est difficile de trouver des points de stabilité pour déployer nos capacités d’imagination et de symbolisation.

00:04:25:09 – 00:04:54:08

Intervenant 1

Les repères vacillent, les anciennes certitudes ne tiennent plus. On a sans cesse l’impression que les changements que nous vivons dépassent largement nos capacités de compréhension. C’est exactement ce qui se produit lorsque nous vivons une effraction traumatique qui bloque le travail de l’imagination et produit des flash, des réminiscences, des fragments de réel qu’on ne peut plus liés entre eux.

00:04:54:10 – 00:05:00:16

Intervenant 1

D’où la nécessité vitale de reconstruire des ponts, même minuscules.

00:05:00:16 – 00:05:06:06

Intervenant 2

Merci Charlotte Casiraghi 7 h 02 sur France Culture. Bon réveil à tous.

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